Point de vue. Apprendre la Chine et le chinois

Pourquoi vouloir « apprendre la Chine et le chinois » ?
Quelques éléments de réponse dans l’éditorial de Ouest-France du 18/08/2017 signé Jean-Luc Domenach.

« … Le renfort des plus jeunes sera donc utile. Et eux profiteront largement de cette expérience. Oui, ils ont tout intérêt à apprendre le chinois pour comprendre la Chine et y agir ensuite ! »

Au creux de l’été, quand les orientations scolaires sont déjà décidées, il est utile de réfléchir aux inflexions que l’on pourrait leur ajouter. Voici une proposition simple : guider nos enfants et petits-enfants vers l’apprentissage de la Chine et du chinois, à l’école et en dehors.

Le premier argument est simple et évident : par des moyens parfois contestables certes, la Chine est devenue la deuxième puissance du monde. Elle est aujourd’hui très active sur le marché français et européen tandis que nos entreprises font de leur mieux sur le marché chinois, mais avec une moindre réussite.

Pour rendre ces efforts d’exportation plus adroits et surveiller nos importations chinoises, nous devrions nous appuyer sur les jeunes Français formés à la langue chinoise dans nos universités et qui ont vécu en Extrême Orient : ils sont en effet, le plus souvent, excellents. Ils ne savent pas seulement l’essentiel de la langue mais, mieux encore, ils connaissent les petites et grandes combines du marché chinois. Et nombre d’entre euxreviendront de Pékin ou Shanghai avec une épouse…

Mais la connaissance de la langue et des moeurs ne suffit pas. En effet, la Chine n’est pas – mais pas du tout – un partenaire comme les autres. Par la complexité de sa langue, par sa diversité et son immensité géographique, mais aussi par un régime politique et social qui ne reconnaît pas toutes nos règles. Ces différences expliquent les nombreuses erreurs que nos diplomates et hommes d’affaires ont faites en Chine depuis des décennies. Raison de plus pourrecourir plus systématiquement aux jeunes Français qui ont étudié là-bas.

Des jeunes plus capables que leurs aînés

En effet, ces jeunes n’ont pas été d’emblée reçus dans les salons coloniaux de leurs aînés. Ils ont vécu avec peu d’argent, donc comme leurs camarades chinois, et savent presque tout de ce qui marche et de ce qui ne marche pas en Chine. Ils seront donc bien plus capables que leurs aînés, prisonniers des mondanités des beaux quartiers, de repérer les grosses et petites combines que cachent des contrats apparemment convenables.

Le plus souvent, ces combines ne portent que sur des points de détail, mais leur réussite peut convaincre les partenaires chinois d’aller plus loin : l’histoire des relations commerciales franco-chinoises en donne de pénibles exemples.

Il faut aussi comprendre ce qui se passe dans la société chinoise. Les hommes d’affaires étrangers ont une tendance bien compréhensible à négliger ou exagérer les originalités d’une culture et d’une langue qu’ils ne connaissent pas. En fait, il faut arriver à connaître l’une et l’autre à la fois. Par exemple, la langue chinoise est incroyablement riche et variée, mais les meilleurs hommes d’affaires chinois connaissent très bien l’anglais ou s’entourent de linguistes.

Il en est de même du rôle que jouent, depuis les années quatre-vingt, les Chinois d’outre-mer : Hong Kong, les communautés chinoises… jusqu’à celles de la banlieue parisienne. Pékin les méprise, certes, mais n’hésite pas à les utiliser très intelligemment. Nos hommes d’affaires tendent, suivant les cas, à exagérer ou à ignorer leur rôle et leur influence dans les exportations chinoises.

Le renfort des plus jeunes sera donc utile. Et eux profiteront largement de cette expérience. Oui, ils ont tout intérêt à apprendre le chinois pour comprendre la Chine et y agir ensuite !

(*) Jean-Luc Domenach est directeur de recherche émérite à Sciences Po.

Article Ouest France paru le 18/08/2017